jeudi 10 janvier 2019

[Gisti-info] « Travailleurs clandestins ou mécanismes clandestins ? », un article du Plein Droit 119

Article extrait du Plein droit n° 119

Travailleurs clandestins ou mécanismes clandestins ?

Nathalie Ferré et Violaine Carrère
Iniversité Paris 13, Iris ; Gisti

Le dispositif actuel de régularisation des personnes sans papiers relève de l'hypocrisie. Celles qui travaillent sont cantonnées au marché le plus flexible et le plus précaire, et au travail dissimulé. Si la France a transposé dans la loi une directive européenne contre l'emploi illégal, elle tolère celui de dizaine de milliers de sans-papiers, affiche sa volonté de sanctionner les abus, mais ne poursuit que très rarement les employeurs indélicats tout en maintenant les sans-papiers dans l'impossibilité d'obtenir réparation.


Une grande hypocrisie ; voilà ce qui caractérise le dispositif actuel de régularisation des personnes sans papiers, qu'il s'agisse de son fondement réglementaire, des mécanismes de sa mise en œuvre ou des pratiques des divers acteurs concernés.

L'hypocrisie commence déjà avec l'ignorance feinte des responsables politiques et des commentateurs à l'égard de l'activité des sans-papiers. À intervalles réguliers, depuis plusieurs décennies, la France fait mine de découvrir que les étrangers en situation irrégulière ne vivent pas, comme on cherche à le faire croire, d'aides sociales versées par un trop généreux État providence, mais qu'ils tirent leurs revenus de leur travail et qu'ils sont bel et bien des agents économiques. Cette réalité ne peut échapper aux chefs d'entreprise, ni aux particuliers employant des sans-papiers, ni aux personnels des services de l'emploi.

Certes, tous les sans-papiers n'ont pas, loin de là, la chance d'avoir un emploi stable et à temps plein. Ils et elles sont majoritairement cantonné·e·s au segment du « marché du travail » soumis à la flexibilité de l'emploi : employeurs multiples, contrats courts, journées de travail fractionnées ; leur situation administrative en fait même des proies de choix pour ces formes d'activité en expansion.

Rappelons qu'il a toujours été nécessaire, pour occuper un emploi salarié en France, de disposer d'une autorisation de travail. Ce qui a radicalement changé la donne, en revanche, c'est qu'après toute une période, de 1945 à 1993, durant laquelle les personnes pouvaient, même sans titre de séjour, accéder au dispositif de protection sociale et percevoir des prestations liées à leur activité professionnelle, la loi du 24 août 1993, dite « loi Pasqua », a imposé une condition de régularité du séjour pour être affilié à la sécurité sociale et percevoir la plupart des prestations sociales. Les personnes sans papiers ne pouvant plus être déclarées et donc affiliées, elles sont condamnées à se diriger vers des activités et des emplois dissimulés.

Pour autant, toutes les personnes étrangères sans papiers ne travaillent pas dans des ateliers clandestins : nombre d'entre elles exercent une activité professionnelle dans un cadre « normal », versent des cotisations sociales et payent des impôts sur leurs revenus. La figure du travailleur sans papiers n'est donc pas uniforme.

D'abord parce qu'il existe une grande variété de secteurs d'activité qui emploient cette maind'œuvre. Pour l'essentiel, il s'agit des secteurs de l'économie dits non délocalisables : BTP, hôtellerie-restauration, agriculture, nettoyage industriel, gardiennage, ménage à domicile, garde d'enfants et soins des personnes âgées. Ces activités sont pourvoyeuses d'emplois très divers, à temps complet ou partiel, durables ou ponctuels, le temps d'un chantier, d'une récolte, à raison de quelques heures par semaine, etc.

À cette variété d'activités correspond aussi une grande variété de statuts : du travail « au noir » à l'emploi partiellement dissimulé (par exemple, un mi-temps déclaré pour un plein-temps effectif) ; de situations s'apparentant à des formes d'esclavage à d'autres qui « se contentent » de placer le travailleur dans une parfaite clandestinité, en passant par le pseudo auto-entrepreneuriat ; du travail sous couvert d'un titre de séjour ou d'une pièce d'identité nationale empruntée à un tiers (dit travail « sous alias »), éventuellement à l'initiative de l'employeur lui-même, à celui exercé avec une fausse carte de séjour, en passant par le travail avec un titre périmé, un titre n'autorisant pas au travail, une carte de séjour délivrée par un autre État membre de l'UE, etc.

Les modalités d'emploi ne cessent de se diversifier, la version la plus récente étant l'« ubérisation » des sans-papiers, elle aussi connue des différentes administrations qui interviennent dans le champ du travail et du fisc. Comme il n'est pas possible d'être auto-entrepreneur sans titre de séjour, des coursiers à vélo « sous-louent » leur compte à des étrangers sans papiers, moyennant bien sûr un pourcentage sur le chiffre d'affaires réalisé par ceux-ci, pouvant aller jusqu'à 30 %… >>> La suite de l'article en accès libre


Extrait du Plein droit n° 119
« Que sont les sans-papiers devenus ? »

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mardi 8 janvier 2019

[Gisti-info] « Les sans-papiers sont devenus invisibles », un article du Plein Droit 119

Article extrait du Plein droit n° 119

Les sans-papiers sont devenus invisibles

Le Gisti
 

Depuis quelques années, les sans-papiers ont disparu des radars. Dans les journaux, les publications scientifiques et les recherches, dans les débats et autres colloques, le thème des sans-papiers a disparu, comme il a disparu des déclarations politiques. Comme s'il ne posait plus question, comme si la présence d'étrangers installés en France, mais en situation irrégulière, était un phénomène soit marginal, soit sans importance, y compris aux yeux de ceux qui en parlaient, il y a peu encore, comme d'un problème, d'une menace ou d'un scandale. Aujourd'hui, la « figure de l'étranger » n'est plus incarnée par ces membres de famille (conjoints, ascendants, enfants) venus rejoindre leur parent vivant en France sans passer par la procédure du regroupement familial ; ni par ces mères ou ces pères, ces épouses ou ces époux de Français entrés sans visas ; ni par ces étudiants n'ayant pu renouveler leur titre de séjour ; ni par ces travailleurs se battant pour leur « régularisation »...

Ce sont désormais les « migrants » qui sont sur le devant de la scène. Ce terme générique désigne, selon les cas, des réfugiés, des exilés, des demandeurs d'asile, mais suggère, surtout, qu'ils viendraient juste d'arriver en France et que la plupart ne seraient pas destinés à y rester. Une idée confortée par leur représentation dans les médias : à quelques rares exceptions près, pour évoquer la présence d'étrangers en France, on montre des images de personnes vivant dans la rue ou installées dans des campements de fortune, formant des files d'attente devant des postes de distribution de nourriture mis en place par des associations, malmenées par des évacuations répétées et des opérations de refoulement aux frontières, autrement dit des personnes qui seraient « en trop » par rapport aux capacités d'accueil de la France.

Cette perception est entretenue par la gestion politique de leur présence. (...)

>>> La suite de l'article



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[Gisti-info] Procès de deux maraudeurs solidaires à Gap le 10 janvier [Comité de soutien aux 3+4+2+? et Collectif « Délinquants solidaires »]

Collectif « Délinquants solidaires »

Procès de deux maraudeurs solidaires à Gap le 10 janvier


Après les 7 solidaires déjà condamnés en première instance le 13 décembre 2018, deux maraudeurs sont convoqués le 10 janvier au tribunal correctionnel de Gap en raison de leur aide à des personnes en détresse la frontière franco-italienne (Briançon).
Voir l'alerte du 18 décembre : Nouvelles arrestations de maraudeurs solidaires à la frontière franco-italienne (Briançon)

Le comité de soutien aux 3+4+2+ ? appelle à un rassemblement, le 10 janvier à 8H30 à Gap, devant le tribunal et à une journée de mobilisation contre les violences policières en bande organisée.


Depuis 2016, de nombreuses alertes, signalements et plaintes ont été déposés auprès du procureur par Tous Migrants avec le soutien d'associations nationales (Cimade, Secours Catholique, Amnesty, Médecins sans Frontières…). Malgré ces démarches, des dizaines de blessés, des amputations et des morts, la situation n'évolue pas.
La présence des « maraudeurs » est plus que jamais nécessaire en montagne pour sauver des vies.
Pourtant, le procureur les poursuit, et le tribunal de Gap les condamne, au lieu de faire respecter les droits des demandeurs d'asile et des mineurs, et la dignité de chaque être humain.

Tous les jours, des hommes, des femmes et des enfants fuient la misère, l'injustice sociale, la violence, et tentent de rejoindre la France, pays des droits de l'homme, dans l'espoir d'une vie meilleure.
Depuis des mois, la police les traque dans la montagne et les refoule systématiquement, sur ordre de l'État. Ceci est illégal. Cette chasse à l'homme, réservée aux personnes de couleur, contraint les exilés à prendre toujours plus de risques. Certains agents profitent de ce régime de non-droit pour se comporter avec violence.

Après les 7 solidaires déjà condamnés en première instance le 13 décembre 2018, 2 maraudeurs sont convoqués le 10 janvier au tribunal correctionnel de Gap parce qu'ils ont été interpelés alors qu'ils apportaient de l'aide à des personnes en détresse.
Nous ne sacrifierons pas notre conscience à des politiques inhumaines.
Nous nous levons pour dire non à ces frontières dressées uniquement contre les personnes vulnérables, les désignant ainsi de manière cynique, raciste et criminelle comme des indésirables.

Pour exprimer notre soutien aux deux maraudeurs poursuivis et exiger leur relaxe,

  • pour affirmer le droit de circulation pour tous (art. 13 de la Déclaration universelle des droits de l'homme) en rappelant qu'il n'y a pas d'étranger sur cette planète,
  • pour dire stop aux violences policières partout où elles s'exercent contre les exilés, les sans-papiers, les discriminés, les manifestants…,
  • pour dire stop aux dérives.

Comité de soutien aux 3+4+2+ ?

Avec :

  • le Collectif "Délinquants solidaires"
  • le soutien des organisations suivantes : Union des syndicats Solidaires, Médecins du Monde PACA, Attac 05, Icare 05, Chemins Pluriels, Collectif Migrants 83,


Vous pouvez retrouver ce communiqué sur le site
www.delinquantssolidaires.org

Envoi par le Groupe d'information et de soutien des immigré·e·s
www.gisti.org
Page Facebook du Gisti Page Twitter du Gisti Sur le Web :
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lundi 7 janvier 2019

[Gisti-info] « Un Pacte pour rien ? », éditorial du Plein Droit 119

Édito extrait du Plein droit n° 119

Un Pacte pour rien ?


Le 10 décembre, lors d'une conférence intergouvernementale organisée à Marrakech par l'ONU, le « Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières », validé en juillet dernier, a été approuvé par les représentants de 162 États. Passé presque sous silence dans certains pays, il a soulevé des réactions violentes dans d'autres, sur fond d'accusations de conspiration. Certains commentateurs et autres « faiseurs d'opinion » n'ont pas hésité à le présenter comme ouvrant la voie à des migrations incontrôlées. En Belgique, il a ainsi provoqué le départ des nationalistes flamands de la N-VA de la coalition au pouvoir.

Impulsé par des diplomates européens désireux de proposer une autre réponse à la « crise migratoire » que les « solutions » brandies par l'UE en 2015, le « Pacte de Marrakech » s'inscrit dans la continuité de diverses tentatives des Nations unies d'aboutir à une coordination des politiques migratoires, dans la mesure où presque tous les pays sont concernés par les mouvements de population. Le sommet de New York organisé par l'ONU, en 2016, avait posé les bases d'une réflexion prenant en compte les intérêts de pays très différents et cherchant à valoriser les circulations humaines. En deux ans, les déclarations d'intention initiales ont cependant largement été écornées...

Du fait des protestations émanant des partis et groupes de pression hostiles aux arrivées de migrant·e·s, la plupart des ONG se sont retrouvées dans une position paradoxale : celle de défendre un texte dont elles font une analyse très critique. Le Pacte, en effet, traite peu de la protection des droits des personnes, ou seulement sous forme de vœux pieux. En revanche, il réaffirme le droit souverain des États à accueillir ou non les personnes migrantes, conforte les politiques sécuritaires et promeut une « immigration choisie » en fonction des besoins des pays riches.

Mais les termes du texte ne vont guère au-delà de la proclamation d'objectifs assez flous. On y parle de « collecter des données précises et décomposées » sur les flux migratoires, de « minimiser les facteurs structurels qui poussent les personnes à quitter leur pays d'origine », de « limiter les abus contre les travailleurs migrants » et de « prévenir, combattre et éradiquer le trafic d'êtres humains », sans qu'aucune mesure concrète ne figure dans le Pacte.

Une grande part du débat a porté sur le caractère contraignant ou non du texte, débat plutôt curieux s'agissant d'un document aussi vague. Dans les négociations internationales, il est d'usage de recourir à ce que les Anglo-Saxons appellent « soft-law », notamment pour des sujets sur lesquels les États ont des positions très diverses, voire opposées. L'objectif est alors d'arriver à des principes que tous pourront adopter. En l'occurrence, la méthode ne s'est pas montrée d'une grande efficacité : le Pacte ne reprend même pas les principes inscrits dans la Convention internationale sur les droits des travailleurs migrants, adoptée en 1990, dont le socle est pourtant minimaliste... Les pays du Nord, et particulièrement ceux de l'UE, étant à la manœuvre, il était acquis dès le départ que le Pacte serait en deçà de la convention de 1990. In fine, non seulement ce texte n'impose aucune obligation aux États, mais il conforte largement les politiques mises en œuvre par les pays d'arrivée des migrations. Comment comprendre dès lors l'émoi qu'il a suscité ? Peut-être vient-il de ce que beaucoup de gouvernements, dont celui de la France, ont opté pour une signature en catimini...

Pourtant, les travaux menés au niveau international ne manquent pas pour apporter des arguments à des politiques migratoires ouvertes. Le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) avait fait paraître, dès 2009, un rapport intitulé « Lever les barrières : mobilité et développement humain » qui, chiffres à l'appui, expliquait que les migrations profitaient tant aux personnes migrantes qu'aux pays d'accueil et aussi de départ. La même année, l'Unesco recensait, dans une étude, les avantages qu'il y aurait à reconnaître un droit à la mobilité pour tous. Bien d'autres enquêtes et rapports ont depuis produit des données semblables et abouti aux mêmes conclusions.

En dehors des institutions internationales, ONG, chercheurs, autorités indépendantes ne cessent de mettre en évidence les méfaits des politiques qui entravent la mobilité des personnes ou tentent de la dissuader : absence de protection pour celles et ceux qui fuient des guerres, des dictatures ou des désordres ; enfermement pour de longues durées dans des conditions inhumaines ; errance dans des parcours précaires ; abandon aux trafiquants de toutes sortes ; morts aux frontières terrestres et maritimes...

Ces voix sont cependant peu entendues. Au sein du système onusien, c'est un nouvel entrant, l'Organisation internationale des migrations (OIM) qui a imposé son paradigme et son vocabulaire : la « bonne gestion des frontières » (borders management) et la défense de « migrations sûres, régulières et ordonnées » sont la marque de son emprise. Dotée de confortables moyens financiers et matériels, c'est elle aujourd'hui qui coordonne les rares efforts intergouvernementaux destinés à « réguler » les migrations à une échelle globale, les autres agences et acteurs onusiens étant marginalisés. Les libertés individuelles et les droits fondamentaux font les frais de cette nouvelle hiérarchie institutionnelle et de l'oubli des logiques ayant conduit aux grandes déclarations et pactes internationaux. Celui de Marrakech s'inscrit dans une logique gestionnaire indexée sur les intérêts supposés (l'« immigration choisie ») des pays du Nord. Sa timidité même le rend inopérant pour contrer les fantasmes et les peurs.



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[Gisti-info] « Que sont les sans-papiers devenus », le n° 119 de la revue Plein Droit vient de paraître

Depuis quelques années, les sans-papiers ont disparu des radars. Dans les journaux, les publications scientifiques et les recherches, dans les débats et autres colloques, le thème des sans-papiers a disparu, comme il a disparu des déclarations politiques. Comme s'il ne posait plus question, comme si la présence d'étrangers installés en France, mais en situation irrégulière, était un phénomène soit marginal, soit sans importance, y compris aux yeux de ceux qui en parlaient, il y a peu encore, comme d'un problème, d'une menace ou d'un scandale.

Aujourd'hui, le sans-papier s'efface derrière la figure du « migrant », qu'il soit exilé, réfugié ou demandeur d'asile, le terme suggérant surtout qu'il vient d'arriver en France et qu'il n'y est que de passage. Ce faisant, on écarte du paysage celles et ceux qui sont installés de longue date, qui ont lutté pour leurs droits, qui travaillent souvent dans les secteurs d'activité les plus précaires : les sans-papiers. Mais, à n'en pas douter, tous les « migrants » d'aujourd'hui seront les sans-papiers de demain.


Que sont les sans-papiers devenus, Plein droit n° 119, décembre 2018
44 pages, 10 € + frais d'envoi éventuels
(ISSN : 0987-3260 12)


Sommaire

Édito

Dossier

  • Les sans-papiers sont devenus invisibles | Le Gisti
  • Des travailleurs toujours dissimulés | Jérôme Beuzelin et Nicolas Galépidès
  • Travailleurs clandestins ou mécanismes clandestins ? | Nathalie Ferré et Violaine Carrère
  • Le procès de la traite | Marilyne Poulain
  • Traque, expulsion, abandon ? : parcours de dublinés | Caroline Maillary
  • De la crise des sans-papiers en Belgique | Youri Lou Vertongen
  • Des papiers, et après ? | Daniel Veron

Hors thème

  • Quand le Niger et le Maroc entravent la libre circulation en Afrique | Delphine Perrin

Mémoire des luttes

  • Incendie de l'hôtel Paris Opéra : on aimerait écrire « fin » | Claire Lévy-Vroelant. Entretien avec Aomar Ikhlef

Le focus juridique

  • Sans-papiers : les silences et les pièges de la loi Collomb | Lisa Carayon

Ont collaboré à ce numéro : Véronique Baudet-Caille, Emmanuel Blanchard, Violaine Carrère, Pascaline Chappart, Cécile Dazord, Nathalie Ferré, Lola Isidro, Noura Kadour, Danièle Lochak, Claire Rodier.



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