mardi 18 octobre 2011

[Gisti-info] « Révolutions arabes : des héros, mais de loin » - Article extrait du Plein Droit n° 90

Révolutions arabes : des héros, mais de loin

Claire Rodier
Juriste, Gisti, Migreurop

Le choix de Plein Droit de revenir sur la question de l’asile, douze ans après un numéro intitulé « Asile(s) degré zéro » [1], est bien antérieur au cas d’école qui nous est fourni en 2011 avec l’explosion qui a secoué le sud de la Méditerranée. À portée de jumelles, pour une fois presque sous nos yeux, se déroulent des scènes qui incarnent ce que l’imaginaire veut voir des « vrais » réfugiés : exodes massifs fuyant des bombardements, entassements dans des camps de toile, organisations internationales en ordre de marche, humanitaires débordés. L’occasion de vérifier que, si le contexte a en apparence changé depuis 1999, avec l’adoption par l’Union européenne d’une série de normes législatives supposées organiser, à court terme, un régime d’asile européen commun, l’Europe n’est ni plus accueillante ni plus généreuse qu’alors avec les réfugiés. À l’instar du monde riche en général, qui préfère gérer à distance les indésirables, en les cantonnant, comme le rappelle Michel Agier (cf. p. 21), dans des « hors-lieux » afin de préserver une injuste « paix humanitaire ».

De fait, rarement comme en ce début d’année 2011, dans l’histoire récente de la gestion par l’Europe de la question des réfugiés, on n’aura assisté à une telle démonstration de cynisme. Tout en se félicitant des « bouleversements porteurs d’espoir » qui se sont produits dans le voisinage méridional de l’Union européenne, et en saluant le « courage des citoyens de cette région » [2] prenant en main leur destin pour rejeter l’oppression et la dictature, les gouvernements de l’UE se sont empressés de décourager celles et ceux qui, parmi ces « héros », auraient pu vouloir approcher de trop près le phare de la démocratie. Les jeunes Tunisiens qui ont pris la mer pour rejoindre l’île italienne de Lampedusa dans les semaines ayant suivi la révolution en ont fait l’amère expérience [3]. Mais c’est surtout à l’égard des personnes fuyant le conflit en Libye que s’est illustrée, grandeur nature, l’hypocrisie d’une Europe qui empile déclarations et textes en faveur de la protection des réfugiées et des réfugiés mais détourne le regard et ferme ses portes lorsqu’il s’agit de les mettre en application.

Les Subsahariens doublement réfugiés, doublement rejetés

En Libye, l’exode a débuté dès la fin février, lorsque le gouvernement a commencé à réprimer par la force les manifestations de rue qui, à l’instar de ce qui s’était passé en Tunisie et en Égypte, menaçaient le régime de Muammar Kadhafi. En quelques jours, des dizaines de milliers d’étrangers ont cherché à quitter le pays. Pour certains, ce fut vite fait : les gouvernements de tous les pays industrialisés qui avaient des intérêts en Libye ont su organiser sans délai l’évacuation de leurs expatriés par voie aérienne. D’autres, originaires du Bangladesh, du Ghana, du Maroc, d’Égypte, du Mali et d’autres pays qui fournissaient en masse de la main-d’oeuvre immigrée à Tripoli ont pris la route de la Tunisie (début mars, 100 000 personnes avaient franchi la frontière) avant d’être rapatriés, parfois par l’Organisation internationale des migrations (OIM) et le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Mais pour une troisième catégorie, aucun retour n’était envisageable : ayant fui depuis plusieurs mois ou plusieurs années le Darfour, l’Érythrée, la Somalie, l’Éthiopie, l’Irak, la Côte d’Ivoire et d’autres pays en guerre, ils se sont trouvés comme pris dans une nasse dans une Libye devenue dangereuse pour eux. Parce que le colonel Kadhafi s’est constitué de longue date une armée de mercenaires africains, les nombreux Subsahariens travaillant dans le pays, soupçonnés d’appartenir à cette milice redoutée, ont été la cible d’agressions qui ont contraint un bon nombre à rester terrés chez eux. Ceux qui ont réussi à fuir n’ont pas toujours été accueillis à bras ouverts à la frontière tunisienne. Mieux, pourtant, qu’en Égypte où, en général, on ne les a pas laissés entrer. Pour la plupart, ces « doubles réfugiés » se trouvaient encore dans des camps surpeuplés au sud de la Tunisie au début de l’été.

La situation n’a fait que s’aggraver lorsqu’en application de la résolution 1973 du Conseil de sécurité de l’ONU, les avions de la coalition internationale ont commencé à bombarder Tripoli, à la mi-mars. (...)

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http://www.gisti.org/spip.php?article2445



Cet article est extrait du n° 90 de la revue Plein droit  (octobre 2011),
  « Réfugiés clandestins »
http://www.gisti.org/spip.php?article2429


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