jeudi 20 juin 2013

[Gisti-info] « Régularisation sur fond de dérégulation » - Un article du Plein Droit 97

Article extrait du nouveau Plein droit

Régularisation sur fond de dérégulation

François Brun
GTM-CNRS


La régularisation des personnes immigrées dont la présence sur le territoire est jugée illégale est-elle une mesure de gauche ? On pourrait le penser au regard des circulaires de régularisation publiées depuis 1981, quasi toutes prises sous un gouvernement de gauche. Mais à quel prix pour les immigrés et avec quel contrepoids dans la balance ? Une plus grande fermeté vis-à-vis des entrants ? Une plus grande précarisation des non régularisés dont on profite néanmoins du travail ?

En 1981, quand la gauche accède aux affaires dont elle a été tenue éloignée plus de deux décennies durant, les questions d'immigration n'ont pas été autant qu'aujourd'hui jetées en pâture dans le débat public. Il y a, en bien d'autres domaines, beaucoup à rattraper ; on va changer la vie, rien de moins ! On parle beaucoup nationalisations, âge de la retraite, semaine de congé supplémentaire et réduction de la durée du travail, extension des droits des salariés, décentralisation… ; sur le plan sociétal, autorisation des radios libres et surtout abolition de la peine de mort sont principalement dans la ligne de mire.

De fait, sur les 110 propositions du candidat Mitterrand, trois seulement concernent directement les immigrés. Il est à noter que ceux-ci sont toujours désignés comme travailleurs immigrés (ou étrangers). La proposition qui retient sans doute le plus l'attention est celle qui prévoit de leur accorder… le droit de vote aux municipales après cinq ans de présence sur le territoire ! Tout comme l'octroi du droit d'association qui connaîtra une meilleure fortune, elle figure dans un paragraphe qui promet avant tout « l'égalité des droits des travailleurs immigrés avec les nationaux » (proposition 80). De même, la proposition 79 accole curieusement la promesse que « les refus de délivrance de cartes de séjour devront être motivés » à une phrase indiquant que « les discriminations frappant les travailleurs immigrés seront supprimées ». Mais il n'est pas question de remettre fondamentalement en cause l'orientation prise avec la suspension de l'immigration de travail en 1974, tout juste d'en adapter les modalités. La proposition 81 est à cet égard explicite : « Le plan fixera le nombre annuel de travailleurs étrangers admis en France. L'Office national d'immigration sera démocratisé. La lutte contre les trafics clandestins sera renforcée ». On continuera à entendre longtemps parler de « maîtrise des flux ».

Il faut dire que c'est l'époque où Georges Marchais, secrétaire général du PCF, et à ce titre partie prenante de la réorientation de la politique migratoire, écrivait : « La cote d'alerte est atteinte. […] Il faut arrêter l'immigration, sous peine de jeter de nouveaux travailleurs au chômage. [1] » À droite et à l'extrême droite, on ne se privera pas de le rappeler ultérieurement à l'occasion… en omettant alors de mentionner qu'avoir après dénoncé « l'entrée clandestine organisée de travailleurs dépourvus de droits et soumis à une exploitation honteuse et inhumaine », il ajoutait : « Je précise bien : il faut stopper l'immigration officielle et clandestine. Mais non chasser par la force les travailleurs immigrés déjà présents en France […]. »

C'est pourtant ce principe – refus de « chasser » purement et simplement les travailleurs immigrés – qui justifie la régularisation « massive » engagée en août 1981 [2]. Pour solde de tout compte ? (...)

> La suite de l'article est à l'adresse
http://www.gisti.org/spip.php?article3122



Extrait du Plein droit  n° 97
  « Les étrangers attendent la gauche
»
(juin 2013, 9€)



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