jeudi 2 juillet 2015

[Gisti-info] « Crime organisé » - Édito du Plein Droit n° 105

Édito du n° 105 de Plein droit, la revue du Gisti

Crime organisé




Quand ces lignes seront publiées, l'Union européenne (UE) pourrait s'être lancée dans une opération présentée comme inédite : l'utilisation de moyens militaires pour anéantir des réseaux de « trafic d'être humains ». Il s'agirait ainsi de tarir l'arrivée de boat people dans les eaux territoriales italiennes, grecques ou maltaises. Si, comme cela a été envisagé au conseil des affaires étrangères de l'UE du 12 mai, ces opérations étaient menées sur les côtes libyennes, en mer mais aussi à terre, on assisterait à un nouvel hoquet de l'histoire : quatre ans après l'opération onusienne contre Kadhafi, les forces occidentales seraient de retour en Libye. Plus personne n'y assure le rôle de « garde-frontières de l'Europe », composition qui avait permis au dictateur, banni pour son soutien au terrorisme dans les années 1980, de réintégrer le concert des nations au tournant du XXIe siècle.

Les dirigeants actuels de la Libye, qu'ils soient reconnus (le parlement de Tobrouk) ou non (les autorités de Tripoli) sur le plan international, s'accordent au moins sur un point : ils ont compris que les personnes migrantes venues de toute l'Afrique représentent une triple manne. Main-d'œuvre corvéable à merci ; proie des groupes criminels souvent liés aux « milices révolutionnaires » ; enjeu des marchandages avec l'Europe qui, moyennant finances et reconnaissance, attend de la Libye non seulement qu'elle lutte contre les réseaux de passage mais aussi qu'elle décourage et criminalise les candidat·e·s à la traversée.

Avec près de 2 000 personnes mortes en Méditerranée depuis le début 2015, la situation actuelle est certes particulièrement dramatique. Elle est cependant loin d'être neuve. Depuis les années 1990, certaines routes migratoires sont de véritables cimetières marins dans lesquels disparaissent les exilé·e·s n'ayant pas d'autres voies, en particulier légales, pour rejoindre l'Europe. Face à cette hécatombe, la réponse des États de l'UE n'a pas varié : à coups de visas impossibles à obtenir, de murs et de grillages de plus en hauts, de frontières érigées de plus en plus loin de l'Europe géographique, il s'est toujours agi de repousser les hommes et les femmes exerçant leur droit à émigrer. Les larmes de crocodile pour les disparu·e·s et la compassion médiatique pour les victimes de la « barbarie » et autres violences des « passeurs » ne sont que d'éphémères mises en scène. (...)

>>> La suite de l'article




Extrait du
Plein droit n°105
  « Naufrage de l'asile »

(Juin 2015, 10€)



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