jeudi 21 mars 2019

[Gisti-info] « Juste, on te garde vivant », éditorial du Plein Droit 120

Édito extrait du Plein droit n° 120

« Juste, on te garde vivant »


C'est avec ces mots qu'une personne enfermée décrit les conditions de vie au centre de rétention administrative (CRA) du Mesnil-Amelot, dans un témoignage paru durant la grève de la faim menée dans plusieurs centres en janvier dernier [1]. Ces récentes mobilisations collectives, qui s'inscrivent dans la lignée de nombreuses autres actions, sont des symptômes graves de la politique migratoire des gouvernements qui se succèdent depuis 20 ans.

Le 20 février, des personnes ont entamé leur cinquantième jour de rétention, en application des dispositions de la loi « pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie » du 10 septembre dernier qui a doublé la durée maximale d'enfermement en CRA pour la porter à 90 jours. Cet allongement de la durée d'enfermement constitue une nouvelle forme de violence institutionnelle qui s'exerce à l'abri des regards : peu de journalistes demandent aux préfectures l'habilitation qui leur permet de se rendre seul·es dans les centres de rétention [2] et aucun·e n'a, à notre connaissance, obtenu ce sésame. Les visites des parlementaires sont rares, le plus souvent annoncées ou organisées, et globalement peu couvertes par la presse.

Pourtant, derrière les murs, les personnes étrangères sont contraintes de vivre dans des conditions abominables : nourriture en quantité insuffisante voire périmée, manque de chauffage, absence totale d'intimité et conditions d'hygiène déplorables. À cela s'ajoutent l'anxiété liée à une expulsion imminente organisée secrètement par l'administration, la peur d'être réveillées brutalement en pleine nuit par la police pour être conduites à l'aéroport et ligotées à bord d'un avion. Sans parler des brutalités, commises notamment par les brigades spécialisées lors des embarquements, qui accroissent considérablement le climat de peur diffuse. La crainte d'être maltraité·es au pied des pistes, conduit beaucoup d'étrangers et d'étrangères à monter dans les avions sans résister, ce qui leur évite aussi des poursuites judiciaires qui les conduiraient en prison. Refuser de se soumettre à l'arbitraire administratif expose en effet à des sanctions, pénales cette fois. Avec, en ligne de mire et pour quelques mois, la prison, puis le retour en rétention, puis de nouveau la prison. Des personnes se retrouvent ainsi prises dans les filets d'enfermements officiellement distincts, dont on ne discerne plus ni les différences ni la finalité. La frontière devient poreuse entre ces formes de détention, et tant pis si, au passage, les logiques pénales sont dévoyées au nom du harcèlement réclamé par les politiques migratoires. (...)

La suite de l'article


Extrait du Plein droit n° 120
« Mayotte à la dérive »

(mars 2019, )


Commander la publication papier ou l'ebook sur https://boutique.gisti.org
(règlement par chèque, carte bancaire ou virement)


Plein droit, la revue du Gisti
www.gisti.org/pleindroit

[ Articles à l'unité / Abonnements / Librairies ]


La newsletter Gisti-info Les                    fils RSS du Gisti Blog du Gisti sur Médiapart Page Facebook du Gisti Page Twitter du Gisti

0 Comments: