lundi 1 avril 2019

[Gisti-info] « “Français à tout prix” : Mayotte au prisme de “l’ingénierie démographique” », un article du Plein Droit 120

Article extrait du Plein droit n° 120

« Français à tout prix » : Mayotte au prisme de « l'ingénierie démographique »

Emmanuel Blanchard
Historien et politiste, université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines


Traiter dans Plein droit [1] des évolutions statutaires de Mayotte et de la situation sociale de ses habitants les plus précaires expose les auteur·es à un double écueil : n'est-ce pas risquer de considérer les ressortissant·es des Comores comme des étrangers et de se fondre ainsi dans une « pensée d'État » dont ils dénoncent les ravages en matière de politiques migratoires ? Défendre l'égalité des droits (avec la métropole) pour les habitant·es du « 101e département », sans remettre en cause le cadre institutionnel actuel, ne conduit-il pas à entériner la « tyrannie du national » et à ouvrir la porte à de multiples discriminations légales dont les militant·es de l'égalité des droits entre nationaux et étrangers savent qu'elles sont particulièrement difficiles à combattre, tant elles sont « naturalisées » ?

Autrement dit, pour saisir ce qui se joue à Mayotte, ne faudrait-il pas sortir des logiques habituelles de l'analyse des politiques migratoires et autres torts subis par les étrangers dans le cadre de l'État-nation ? Ne faudrait-il pas commencer par analyser des affirmations telles que « Mayotte c'est la France » à l'aune d'un passé (« l'Algérie c'est la France ») qui paraît aujourd'hui bien incongru alors même que l'Algérie, en 1954, était un territoire « départementalisé » depuis plus d'un siècle (1848) ? Afin de le comprendre, sans pour autant s'inscrire dans des revendications nationalistes (« Mayotte est comorienne et le restera à jamais »), il convient de replacer les institutions mahoraises actuelles dans une trajectoire coloniale qui ne s'est pas interrompue avec le refus, exprimé en décembre 1974, de ratifier l'indépendance du territoire des Comores. De même, traiter des arrestations, rafles et autres expulsions à Mayotte comme des dérives policières des politiques migratoires, habituelles en métropole mais aggravées dans ce contexte ultramarin, serait une erreur de focale. C'est en effet une véritable politique d'« ingénierie démographique » (voir infra) qui a été mise en place dans l'océan Indien : sous couvert de transferts législatifs, de renforcement du maillage administratif et du respect des droits des citoyen·nes, la fabrique d'une identité locale mahoraise tourne à plein régime. Cette dernière est tout autant définie par le rejet des Comorien·nes et de la « comorité » (entendue comme héritage culturel) que par l'appartenance juridique à la nation française.

>>> La suite de l'article


Extrait du Plein droit n° 120
« Mayotte à la dérive »

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