vendredi 10 avril 2015

[Gisti-info] « Les jeunes Roumaines sont des garçons comme les autres » - Un article du Plein Droit 104


Article extrait du Plein droit n° 104

Les jeunes Roumaines sont des garçons comme les autres

Arthur Vuattoux
Université Paris 13, Institut de recherche interdisciplinaire sur les enjeux sociaux (IRIS)

Lors d'une enquête sociologique menée en Île-de-France afin d'éclairer qualitativement les biais de genre dans la chaîne judiciaire concernant les mineurs (justice civile et justice pénale), le cas des « jeunes filles roumaines » – repérées et nommées ainsi par les professionnels de la justice des mineurs – est apparu comme un cas limite. Échappant aux schémas genrés qui président habituellement à la justice des mineurs, ces jeunes filles sont largement pénalisées et connaissent fréquemment la prison pour de simples vols. On peut avancer qu'elles subissent un traitement judiciaire d'exception, révélateur des discriminations multiples vécues par les Roms sur le territoire français.


La recherche présentée ici a été mise en œuvre à partir d'un territoire (l'Île-de-France), d'une institution (la justice des mineurs) et d'un public (les adolescents roms, et plus spécifiquement les adolescentes roms) [1]. Ce regard porté sur les discriminations a pour objectif d'informer sur la manière dont l'État fait face à une entité minoritaire qu'« il » (l'État, via un ensemble d'acteurs, de discours et de politiques publiques) a contribué à minoriser. Comment les institutions, à l'échelle locale, peuvent-elles résoudre (ou non) la tension existant a priori entre, d'une part, une institution judiciaire présentée comme la garante d'un traitement équitable des personnes, et, d'autre part, un contexte d'exclusion sociale et politique d'une population précisément amenée à côtoyer la justice du fait du contrôle policier massif qu'elle subit au quotidien ? La justice rééquilibre-t-elle les discriminations subies par les populations roms dans la société, quand bien même celles-ci se présenteraient à elle sous la figure de l'adolescence déviante, ou entérine-t-elle au contraire les discriminations en les reproduisant entre les murs des tribunaux, puis, par extension, entre ceux des prisons ? Pour le dire simplement, cette recherche vise à analyser un cas limite au sein d'une étude plus vaste de la justice des mineurs d'aujourd'hui [2] : il s'agit de questionner une situation dans laquelle les ressorts habituels de cette justice (souvent présentée comme bienveillante, voire laxiste, du fait de la priorité à l'éducation sur la répression qui en constitue le fondement [3]) ne semblent plus fonctionner.

Essentiellement perçus à travers les dimensions répressives de l'action publique, notamment par les expulsions de bidonvilles, les Roms d'Île-de-France vivent dans cette région le même type de discriminations que celles vécues partout en Europe [4]. Cependant, l'enquête menée ici dans deux tribunaux franciliens permet de percevoir des spécificités locales notables. Les enjeux locaux du traitement judiciaire des adolescents roms ont été étudiés à partir de deux juridictions, Paris et Créteil. À Paris, les mineurs roms représentent plus de la moitié de l'activité du tribunal pour enfants.

Si ces mineurs sont soumis, en tant que mineurs isolés étrangers (MIE), aux mêmes procédures que les mineurs dits « domiciliés » (c'est-à-dire de nationalité française selon les termes utilisés par les éducateurs), le traitement qui leur est réservé dans les faits est clairement particulier. Une éducatrice d'un service de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) dans une juridiction attenante à celle de Paris me dira sa stupéfaction face aux premiers mineurs roumains déférés dont elle a suivi la situation au tribunal :

« Plusieurs fois, par exemple, je suis intervenue pour des enfants roumains de moins de 13 ans qu'on mettait en cellule. Maintenant, les policiers font un peu plus attention, mais je leur rappelais que c'était pas avant 13 ans, les cellules. Et on me répondait, "bon, mais ça va, c'est des Roumains…". Et même au niveau du tribunal il y a un traitement particulier (...)

>>> La suite de l'article




Extrait du
Plein droit n°104
  « Aux frontières de l'Europe, les jungles
»
(Mars 2015, 10€)



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