mardi 16 mars 2010

[Gisti-info] « Des passeurs bien commodes » - Article extrait du Plein Droit n° 84

Des passeurs bien commodes

Le Gisti

L’existence des passeurs est fréquemment invoquée pour railler ou dénoncer l’« angélisme » de ceux qui protestent contre le sort fait aux étrangers en situation irrégulière : on leur oppose que ces étrangers sont les victimes de trafiquants – lesquels doivent être sévèrement réprimés si l’on veut tarir les flux de migrations incontrôlées. Consacrer un numéro de Plein droit à la question des passeurs, c’est donc s’attaquer à un sujet hautement sensible. Les lignes qui suivent visent donc à rappeler que le sujet est bien plus complexe qu’il y paraît et que, dans ce domaine, les idées simples sont souvent des idées fausses.

Au printemps 2009, une dépêche annonce, qu’« un réseau d’immigration irrégulière a été démantelé » à Paris. Au terme de « six mois d’enquête », la police a procédé à onze interpellations, majoritairement d’Afghans, dans cette « filière d’immigration clandestine ». Ce réseau, « très structuré », « organisai[t], par le territoire français, le transport d’Afghans en lien avec d’autres réseaux de passeurs étrangers vers l’Angleterre et la Scandinavie où, une fois arrivés, les candidats à l’exil demandaient l’asile politique ». Plusieurs médias reprennent l’information, essaient parfois de joindre les associations pour en savoir davantage sur la capture d’un aussi gros gibier. On n’en saura plus que quatre ou cinq jours plus tard, au terme de la garde à vue exceptionnelle de 96 heures imposée à la plupart des interpellés (au lieu des 48 heures « réglementaires ») au motif qu’ils auraient agi en « bande organisée ».

Une semaine après, deux demandeurs d’asile se présentent au Gisti où ils étaient venus demander conseil quelques mois auparavant. Ils sont libres, mais mis en examen et encore sous le choc. Ils ne se savaient acteurs ni d’une « filière internationale », ni d’un « réseau très structuré », ni d’une « bande organisée ». Ils ont simplement parfois aidé des amis ou des compatriotes, récemment arrivés et paumés, à acheter un titre de transport.

Trois regards, donc, sur cette affaire : aux yeux des intéressés, c’était de la solidarité, même si elle a parfois donné lieu à une petite rétribution ; aux yeux de la justice, c’est un délit qui justifie leur mise en examen du chef d’aide à l’entrée, à la circulation et au séjour irréguliers d’étrangers en France, commis en bande organisée, et association de malfaiteurs, « en l’espèce en facilitant le voyage de personnes en leur achetant des billets de train » aux guichets de la Gare du Nord à Paris ; aux yeux de la police, du moins dans la présentation qu’elle en a faite aux médias, l’affaire relève du crime organisé et de la mafia internationale des passeurs.

Cette histoire n’est pas isolée. De plus en plus souvent on apprend que des condamnations parfois lourdes – un à quatre ans d’emprisonnement – ont été prononcées à l’encontre d’étrangers qui nient avoir été passeurs et qui racontent des faits circonstanciés plus proches du « coup de main » que de l’exploitation de la misère humaine.

Nous ne nous leurrons pas : la pègre sévit dans les mouvements migratoires et sait exploiter la fermeture des frontières jusqu’à commettre, pour de l’argent, des crimes parfois ignobles contre des migrants. Ces derniers n’ont d’ailleurs parfois d’autre solution que de s’adresser à elle s’ils veulent avoir une chance d’arriver à destination. Nous savons aussi que, dans la foulée de cette réalité misérable qu’ils ont largement contribué à générer, les appareils d’État mélangent tout – actes gratuits de vraie solidarité, minuscules rétributions de services occasionnels et grand banditisme – pour manipuler l’opinion et peut-être l’institution judiciaire, de façon à provoquer la peur et à disqualifier migrants et mouvements migratoires.

(...)

> La suite de l'article est à l'adresse
http://www.gisti.org/spip.php?article1921


Cet article est extrait du n° 84 de la revue Plein droit  (mars 2010),
 
« Passeurs d’étrangers »
http://www.gisti.org/spip.php?article1918


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