Le combat sans fin des mineurs marocains
Coordinateur à l'Association des travailleurs maghrébins de France (ATMF)
Recrutés à partir du début des années 1960 par les Charbonnages de France, les mineurs marocains n'ont cessé depuis de lutter contre les discriminations dont ils ont constamment été l'objet. Lutte, dans les années 1980, pour bénéficier du « statut du mineur » comme les Français, lutte, dans les années 1990 pour l'accès au logement, comme les Français, lutte, aujourd'hui, pour le droit au rachat des avantages en nature, comme les Français. Un combat épuisant mais qu'ils ne sont pas près d'abandonner.
| Ajout du 30 mars 2010 : Le dernier combat, porté devant les prud'hommes, s'est soldé par une victoire [1] |
« J'ai regardé dans le blanc des yeux au moins un million de candidats marocains… J'ai embauché les pères et après les fils [2] ». Félix Mora, responsable du recrutement des Charbonnages, revendique, à lui seul, l'embauche de 66 000 Marocains affectés aux Charbonnages de France dans les bassins houillers du Nord-Pasde- Calais et de Lorraine.
Mora « le négrier », comme le nommait la chanson populaire berbère, était aussi connu que le roi Hassan II, dans les régions du sud du Maroc. Il recrutait à l'arrière-ban des villes cartes postales, à Ouarzazate, Marrakech, Agadir, dans les régions pauvres, ou dites « inutiles » par le colon. Dans cette sélection pour une immigration choisie, « le but recherché c'est du muscle », disait Mora. Les Berbères du sud ou Chleuhs avaient une tradition de migration, encouragée par le colonisateur. Ils ont formé le plus gros des troupes des travailleurs coloniaux et des tirailleurs marocains. On estime leur nombre entre 350 000 et 400 000, pendant la période du Protectorat, de 1912 à 1956.
En 1963, juste après l'indépendance, le Maroc signait avec la France une convention bilatérale sur la main-d'oeuvre. Les Charbonnages de France obtinrent ainsi un permis de recruter à grande échelle. Après une multitude de sélections opérées par Félix Mora dans les villages et les souks, les visites médicales successives à Marrakech et à Casablanca, l'Oni (Office national de l'immigration) était la dernière étape pour signer le contrat. Les premiers travailleurs choisis rejoignaient Marseille en bateau, les derniers recrutés en caravelle ! À leur arrivée, ils repassaient de nouvelles visites médicales avant d'entamer un stage de quinze jours puis descendre dans les trous pour l'abattage. Embauchés avec des contrats de dix-huit mois, rares étaient les mineurs marocains recrutés directement en France. Ils résidaient dans des baraquements, isolés des autres mineurs pour ne pas être « contaminés » par des idées étrangères, et étaient encadrés par les « amicales marocaines » qui étaient à la fois les yeux du pouvoir marocain et de la direction des Charbonnages.
Les mineurs marocains avaient tout intérêt à obéir aux diverses injonctions à « travailler plus pour gagner plus » à la tâche, au rendement, à ne pas tomber malade ni se blesser au risque de voir leur contrat non renouvelé. Cette main-d'oeuvre docile et précarisée était un élément de gestion de la production du charbon, dans la perspective de la fermeture des puits quelques années plus tard.
(...)
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http://www.gisti.org/spip.php?article1930
Cet article est extrait du n° 81 de la revue Plein droit (juillet 2009),
« La police et les étrangers (1) »
http://www.gisti.org/spip.php?article1619
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